vendredi 19 août 2011

Le trône de fer - George R. R. Martin


Je comprends maintenant pourquoi David a lié dans son excellente critique, le bouquin et la série télévisuelle produite par HBO. Tout d'abord cette dernière est de très bonne qualité et c'est par ce biais que j'ai découvert l'univers de Martin. Ensuite, elle fait plus que s'inspirer du livre, reprenant souvent mot pour mot les répliques des personnages. A tel point que celui qui a déjà vu la série, ne sera pratiquement jamais surpris par le livre, si ce n'est qu'il permet de creuser un peu plus certains personnages. Il est vrai que l'auteur a une expérience de scénariste et cela ce sent. Bien qu'il ait déclaré vouloir s'affranchir des contraintes qu'on lui imposait lorsqu'il faisait ce métier (diversité des lieux, des personnages...), la solidité de l'intrigue et l'enchainement des évènements conviennent à merveille à une adaptation, à condition d'avoir de l'ambition et de faire les choses en grand. Même le point de vue focalisé sur un personnage différent à chaque chapitre, me parait correspondre à ce qui se fait dans les séries aujourd'hui, où le téléspectateur a loisir de s'enticher de l'un ou de l'autre selon son caractère. La complexité de l'univers et le nombre des personnages, qui lui sont (parait-il ?) souvent reprochés ne m'ont pas du tout gênés. Au contraire, mis au service de l'histoire, ils lui donnent de la crédibilité. Il faut dire que pour avoir dévoré le Seigneur des Anneaux à dix ans et avoir eu longtemps le Silmarillion comme livre de chevet, je ne suis peut être pas la personne la plus dérangée par cet aspect... Un autre point commun avec le grand maître Tolkien, et qui est lié avec le précédent, est l'usage parcimonieux de la magie. On a beau avoir un monde fantastique, il n'y a pas un magicien à chaque coin de rue qui lance des boules de feu. Le registre est beaucoup plus proche de celui du "merveilleux", c'est à dire du fantastique qui fait partie de l'ordre des choses. Au Moyen-Âge une licorne n'est pas considérée comme un animal magique, juste une espèce extrêmement rare aux propriétés... merveilleuses (tout comme le loup-garou dans le Trône de fer). D'ailleurs le récit prend part à un moment où nombre de ces choses hors du commun ont disparu depuis belle lurette et vont peu à peu refaire surface, pour le plus grand malheur des personnages. Je ne vais pas proposer de résumé, comme l'a déjà très bien fait mon co-rédacteur (moribond depuis quelques temps), mais je vous invite chaudement à vous embarquer avec George R. R. Martin dans cette aventure. Cependant couvrez-vous. L'hiver vient.

Note : 4/5

jeudi 28 juillet 2011

Antigone - Henry Bauchau


Une belle lecture et une déception. Un livre enrichissant grâce à la maturité de l'écriture d'Henry Bauchau, arrivé au crépuscule de sa vie. Au delà des figures de style et de la virtuosité, les mots sont dépouillés de ces oripeaux pour dire l'essentiel. Ce qui est le sens même de la tragédie grecque. Suite d’Œdipe sur la route qui narrait la longue errance du roi de Thèbes et de sa fille sur les chemins de la Grèce, cette fois c'est le retour d'Antigone dans sa ville natale, pour mettre fin à la guerre à laquelle se livrent ses deux frères, qui nous est raconté. Bien que les deux œuvres possèdent indéniablement les mêmes qualités, Antigone n'atteint pas la profondeur et la justesse de ton de son ainé. Pour cela il faudrait le morceau de bravoure qu'est la sculpture d'une immense vague par Œdipe, ou les moments de grâce comme le mythe de la princesse qui emmenait son peuple se réfugier dans les cavernes. Il y a même certains moments de faiblesse, comme le dernier passage, interminable. Tout comme Antigone, cela nous manque de ne plus voir le dos de l'illustre aveugle avancer le long de la route. Mais il est injuste de juger cet écrit par rapport à un autre. En comparaison d'un chef d’œuvre, tout les livres sont décevants. Et Henry Bauchau a réussi à renouveler le miracle.

Extrait :
"C'est beau, Antigone. C'est elle et ce sont eux. C'est la beauté de notre mère, non pas comme elle était mais dans leurs regards. Etéocle qui sait qu'il est fasciné, presque aveuglé, et Polynice qui l'est aussi mais qui, enfermé dans sa gloire, l'ignore.
C'est aussi tellement toi, Antigone, cette confiance intarissable dans l'action de la vérité, dont on ne sait si elle est magnifique ou seulement idiote. Crois-tu qu'on peut sans délirer, espérer comme tu fais ? Est-ce que tu penses que les jumeaux te comprendront et que même s'ils te comprennent, cela les fera sortir de leur passions ? J'ai peur de l'esprit d'incendie que je vois dans notre famille. Moi aussi, souvent, je suis folle. Je voulais te dire : Pars, pars vite avec Hémon et je me suis rétractée. Je me rétracte encore en te disant : Ne pars pas, ne m'abandonne pas à Thèbes pour la deuxième fois. Va à la catastrophe avec nous, puisque c'est ce que veut ton courage.
Tes sculptures sont une œuvre d'amour. Elle touchera, elle blessera les jumeaux, elle ne les arrêtera pas. La destruction les fascine comme elle a fasciné un jour notre mère. Est-ce qu'aujourd'hui elle ne te fascine pas, toi aussi ?"
Note : 4/5

vendredi 22 juillet 2011

A la volée - John Crosby


J'ai fini il y a quelque jours un 10/18 que mon ami Duke m'avait offert, soucieux de mon enrichissement culturel. Pourquoi employer le nom de cette édition comme un nom propre ? Parce qu'ils se sont spécialisé avec leur collection "Grands détectives", dans la publication de romans policiers de qualité standard, dont les intrigues se déroulent aux époques les plus diverses, de la chine impériale au Moyen-Age européen. Profitons-en pour conseiller aux passionnés de la Rome antique la lecture de Steven Saylor, dont "Les Mystères de Rome" sont à la fois très instructifs sans pour autant être rébarbatifs. Cette fois-ci, c'est durant la guerre froide que se déroule l'histoire. C'est d'ailleurs l'une des bases de l'intrigue, puisque le personnage principal, Horatio Cassidy, est professeur de littérature médiévale (ah bon ?) et travaille comme vacataire à la CIA. Les ennuis commencent très vite, puisque lors d'une soi-disant opération de test de matériel, il aperçoit son ami d'enfance perdu de vue depuis des années, se faire tirer dessus à la mitrailleuse par des inconnus avant de réussir à s'enfuir. Lancé à sa poursuite dans New York, notre héros met le doit dans l'engrenage d'une vaste affaire d'espionnage impliquant le KGB et le détournement de satellites. Les péripéties évoquent le bon vieux roman d'espionnage (il y a même un sous-marin !) parsemé de rebondissements (bong ! bong !), de personnages truculents (mention spéciale au prêtre activiste) et de bons mots hollywoodiens. Le style remplit d'argot et d'expression idiomatiques paraît difficilement traduisible, même si c'est celui d'un écrivain qui a adopté une "méthode" et ne cherche pas à réinventer l'eau chaude. En effet ce livre est typiquement un roman de vacances qui fait passer le temps et je vous conseille de le lire en voyage, comme je l'ai fait.

Note : 3/5

dimanche 10 juillet 2011

L'anthropologie - Marc Augé, Jean-Paul Colleyn


Pour ceux qui auraient appris à lire la semaine dernière (la durée de vie de cette collection est plus longue que celle que l'on saurait passer dans une grotte), les "Que sais-je ?" ont pour ambition de présenter au grand public un résumé concis et synthétique, sur une question qui peut n'en être pas moins large. Le pari est il réussi pour l'anthropologie ? Plus ou moins. Marc Augé et Jean-Paul Colleyn sont tout les deux chercheurs à la prestigieuse École des hautes études en sciences sociales et le premier serait une référence en la matière, du moins selon les dires d'une étudiante romaine. L'ouvrage est organisé en différents chapitres dont au moins la moitié concerne la méthodologie ("Le terrain", "La lecture", "L'écriture"). Le plus important est cependant "Les objets de l'anthropologie" qui prend 56 pages sur les 128 que comportent le livre et est subdivisé en sous-chapitre sur la parenté, l'économie et l'environnement, l'anthropologie de la religion, celle du politique etc. De nombreuses théories de l'anthropologie sont évoquées (le fonctionnalisme, le structuralisme...) ainsi que les principaux débats (opposition en particularisme et universalisme), sans qu'aucune de ces questions ne soit vraiment creusée. Si le sujet est traité avec exhaustivité et si l'on ne peut nier l'immense culture des auteurs sur le sujet, cela n'empêche pas le lecteur de développer un sentiment de frustration devant ces aspects traités si rapidement. Sentiment de frustration qui, au moins m'a donné envie de chercher d'autres lectures sur le sujet...

Note : 3/5

dimanche 19 juin 2011

La forêt des mythimages - Robert Holdstock


"La forêt des mythimages", parfois traduit sous le nom plus proche du titre original "La forêt des Mythagos", est le premier tome d'un cycle éponyme délivré par l'auteur britannique Robert Holdstock, qui m'était jusqu'alors totalement inconnu. Ce livre, trouvé dans ma bouquinerie habituelle à l'occasion d'un séjour en France, m'intriguait avant même que je le commence. L'histoire est celle d'un bois impénétrable, à la lisière duquel le personnage principal a passé son enfance avec sa famille, tandis que son père s'abimait dans l'étude obsessionnelle des événements surnaturels qui semblent s'y dérouler. Le récit commence plus ou moins lorsque peu après la mort de son père, Steven revient dans la demeure familiale après avoir passé la seconde guerre mondiale et sa convalescence en France. Il y retrouve son frère Christian visiblement perturbé, qui a repris les travaux de leur père et s'enfonce de plus en plus profondément dans la forêt. Petit à petit il va apercevoir à son tour d'étranges personnages, issues de légendes anciennes et parfois oubliées, rôder à l'orée des bois...
La grande force de ce roman est de proposer un univers fantastique unique et personnel, à la manière de "L’histoire sans fin" de Michael Ende, ou même de Tolkien avant qu'il ne devienne la référence, très loin des clichés habituels du genre. Ce n'est pas un "livre de fantasy" comme les best-sellers de Robin Hobb ou Terry Goodkind qui fournissent au lecteur ce qu'il s'attend à trouver (ce qui explique en partie leur succès). Non, cette fois la frontière entre la réalité et le fantastique est méconnue, trouble et selon une configuration qui n'est pas connue à l'avance grâce à la lecture d'autres ouvrages similaires. Il y a cependant une sorte de basculement à la moitié du récit. Pour ces raisons il peut y avoir un grand plaisir de découverte ou une déception, selon ce que vous attendez d'un livre. Pour ma part ce fut un véritable coup de cœur, terme galvaudé à force d'être utilisé. Le style classique et détaillé, bon sans être exceptionnel, ne se prête pas à de courts extraits que je ne présenterai donc pas.

Note : 5/5

samedi 11 juin 2011

A Game of Thrones, Book one of A Song of Ice and Fire, George R. R. Martin



Connue en français sous le nom de Trône de fer, la série de George R. R. Martin a rassemblé de nombreux lecteurs depuis la parution du premier tome en 1996. Cette œuvre culte a donné lieu à de nombreux avatars : jeux de plateau, jeux de cartes, jeux de rôle, et plus récemment, série télévisée (et bientôt, jeux vidéos). C'est par ce biais que je me suis mis à lire George R. R. Martin. La série, produite par HBO, m'a attiré dès que j'en ai entendu parler. Déjà, parce que c'est une série d'HBO (The Sopranos, The Wire, Six Feet Under, les mini-séries Band of Brothers et The Pacific, plus récemment Boardwalk Empire...bref, les meilleures séries sont chez eux !) ensuite, parce que j'aime la fantasy, et que Sean Bean dans un casting de fantasy, c'est alléchant. J'ai été conquis dès le premier épisode, j'ai acheté le bouquin au troisième épisode et maintenant je l'ai fini avant même la fin de la série.

Un petit mot du projet : A Song of Ice and Fire, les ambitions épiques sont présentes dès ce titre alléchant. Et cette grande fresque médiévale-fantastique a tout d'une grande épopée. Un royaume de type féodal, partagé en sept royaumes, momentanément unis sous un seul roi, Robert Baratheon, mais plus pour longtemps ; le « game of thrones » est sur le point de commencer, et entre intrigues politiques et grandes batailles, le Royaume va être déchiré par le fer et noyé dans le sang. Ajoutez à cela des saisons particulières : l'été peut durer plusieurs années, l'hiver plusieurs décennies, avec des durées variables (on ne sait jamais combien de temps une saison peut durer). Et bien sûr, puisque le roman s'ouvre sur un moment de crise, un été de près de dix ans est sur le point de s'achever, pour laisser place à un terrible hiver. Et en hiver, il ne fait pas seulement froid : au Nord du Mur – construit huit mille ans auparavant pour protéger le royaume des « Sauvages » qui vivent au-delà, et d'un certain nombre de créatures plus ou moins fantastiques – lesdites créatures ont tendance à se manifester. Le fantastique, rejeté en-dehors du royaume des hommes, le menace. C'est ce qui fait le charme de la fantasy à la sauce Martin (prononcez à l'anglaise pour éviter d'évoquer une cuisine française de bas-étage) : un univers très féodal, fort semblable à l'Europe médiévale, avec un fantastique diffus, concentré dans les histoires pour enfants, les légendes de l'ancien temps. Il y avait des dragons, mais ils ont disparu, n'en restent que les crânes géants dans une des salles souterraines du château royal ; on parle de « white walkers », sorte de légende urbaine pour effrayer les enfants, et que l'on retrouve dans les injures « the Others take you ». Pourtant, sur le Mur, on va commencer à y croire, à ces légendes...

La narration fonctionne très bien, dans l'alternance des points de vue. Chaque chapitre porte un nom de personnage (principalement ceux de la famille Stark, seigneurs du Nord et « héros » du roman) ce qui permet d'offrir différents éclairages sur les situations et de suivre des évènements qui se déroulent à des endroits très différents : on suit par exemple la princesse en exil Daenerys, très en marge de l'histoire principale des Sept Royaumes qu'elle n'a jamais vue – mais verra peut-être. On suit le jeune Jon Snow, un bâtard de la famille Stark, qui s'engage auprès des gardes du Mur, la « Night Watch » (engagement à vie, sur serment) ce qui permet d'évoquer directement la menace du Nord et de l'hiver approchant. On suit plusieurs autres membres de la famille Stark : Eddard, le chef de famille, Catelyn, sa femme, leur fils Bran, leurs filles Sansa et Arya. Mais on suit aussi Tyrion, un nain (non au sens de la race fantastique, mais bien au sens où on l'entend couramment : un homme qui a eu la malchance de naitre petit) membre de la famille ennemie des Stark, les Lannister. Au bout du compte, même si on se prend à chérir les Stark, procédés narratifs obligent, difficile de distinguer bons et méchants comme trop souvent dans ce genre littéraire. Chez Martin, la politique est plutôt comme chez Machiavel, des choix sont faits, certains respectent une morale, un honneur, d'autres moins. En cela, c'est bien un livre intelligent, qui explore la complexité du monde et de l'homme.

D'autre part, la multiplicité des points de vue, les différents lieux où se déroule l'action, permettent de rencontrer les personnages secondaires sous divers angles, et de retrouver des membres de ces grandes familles féodales un peu partout. Je ne peux que saluer l'incroyable travail accompli sur cet aspect féodal : les grandes familles, leurs féaux, toutes les familles nobles ayant leur propre héraldique. On s'y perd presque, avec tous les mariages, les alliances, etc. C'est d'ailleurs le reproche que font certains à l'œuvre de Martin : il voit trop grand, trop large, trop complexe, on finit par perdre un peu le fil d'un action qui ne se déroule pas assez vite. Vous l'aurez compris, je ne suis pas de ces détracteurs, mais bien un grand admirateur de cet ouvrage qui accumule les qualités littéraires et les canons de la Fantasy traditionnelle, sans jamais tomber dans les clichés simplistes. Je n'avais pas vibré comme cela depuis longtemps à la lecture d'une histoire.

Un petit mot, enfin, de cette adaptation en série : c'est à voir, pour les lecteurs de Martin comme pour ceux qui veulent juste se faire plaisir avec de la bonne Fantasy au cinéma ; car c'est bien du cinéma. Loin de l'échec navrant de l'adaptation de L'épée de vérité il y a peu, HBO frappe fort et juste. Mention spéciale à Peter Dinklage, qui incarne Tyrion Lannister, ou encore à Aidan Gillen, le Tommy Carcetti de The Wire, qui ici aussi fait de la politique, donnant ses traits au personnage de " Littlefinger " ; mais tous les acteurs sont bons, et le résultat fonctionne. On déplore même assez peu d'écarts par rapport au récit original. Bref, je suis conquis.

lundi 6 juin 2011

Dodici racconti - Dino Buzzati


Si le titre de cet article est en italien, ce n'est pas par hasard, car il s'agit en effet du premier livre que j'ai réussi à finir, dans sa langue originale autre que le français. Pour cela j'ai tout de même choisi une édition bilingue, où sont juxtaposés, sur la page de gauche, le texte en italien, et sur celle de droite, sa traduction en français. Je conseille à tout ceux qui se sont déjà découragés comme moi, sur des livres aussi facile que Harry Potter, d'essayer cette solution, qui permet aux perfectionnistes de saisir tout le texte sans avoir à chercher sans arrêt dans le dictionnaire. En plus de fournir la traduction, les éditions Pocket insèrent à chaque page une série de notes, qui permettent d'expliquer l'emploi de tel ou tel terme, comme par exemple la présence d'un subjonctif ou une expression idiomatique. Dino Buzzati, l'un des auteurs les plus renommés de la littérature italienne, utilisateur d'un style facilement abordable et spécialiste de la nouvelle courte, semblait prédestiné à ce genre d'exercice. Les nouvelles choisies, proches du fantastique et souvent ironiques, sont d'ailleurs très représentatives de cet écrivain. Elles ont été probablement piochées dans différents ouvrages, car les deux dernière ("L'ubiquiste" et "L'oeuf"), font partie de son imposant recueil "Le K" que je conseille à tous. Au final très bonne expérience que de lire une œuvre étrangère "dans le texte", que je compte d'ailleurs reproduire.

Pas de note parce qu'il ne s'agit pas d'un ensemble organisé par l'auteur et parce que j'ai la flemme.