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dimanche 17 juin 2012

Tous à Zanzibar, tome 1 - John Brunner


Pour la critique de ce livre, j'aurais vraiment aimé pouvoir vous citer des extraits (malheureusement il se trouve que je ne l'ai plus sous la main). Pourquoi ? Parce que l'auteur a utilisé une technique d'écriture très particulière pour de nombreux chapitre, où au lieu d'un récit, il accumule des phrases sans autres liens entre elles qu'elles permettent de décrire l'univers. Il s'agit en fait de brèves d'information, publicités, extraits de conversations, affirmations sorties de leur contexte... Cette forme de "zapping" est présentée un peu abruptement et sans explication, mais on comprend qu'elle fait partie de SCANALIZER, sorte de journal télévisuel. C'est sans doute cette particularité qui l'a consacré comme un classique de la science-fiction, tout en le rendant relativement indigeste à la majorité des lecteurs. Mais pas seulement. La majeure partie de ce tome 1 reste (et c'est heureux), de facture classique. Pourtant les destins des personnages ne semblent pas vouloir se croiser, ni former véritablement une histoire. Nous partageons une succession de points de vue dont l'ensemble forme une cohérence par la description d'un futur imaginaire... et pas forcément très rose. Surpopulation, écart grandissant entre les riches et les pauvres, augmentation de la violence, mépris des droits de l'homme, toute-puissance de l'argent, guerre froide continuelle entre grandes puissances, utilisation massives de drogues comme exutoire au manque de libertés... tels sont les lots de notre 21ème siècle. Lorsque j'ai commencé ce livre, j'étais persuadé qu'il avait été écrit dans les années 80. En effet la société décrite rappelle la dureté des années Ronald Reagan : ultralibéralisme, glorification de l'individualisme etc. D'autant plus que le personnage principale s'appelle... Donald Hogan. Pourtant, il a bien fallu me résoudre la première édition américaine date de 1969. Les thèmes et leur traitement sont très dickiens, et parfois préfigurent l’avènement du cyberpunk. Donc par certains aspects, cette œuvre m'a complètement scié. C'est un véritable livre de science-fiction, dans le sens où il imagine un futur possible, mais à une époque où les auteurs ne s'intéressaient plus seulement aux sciences dures, mais également aux science humaines. Et là où John Brunner a été le plus fort concerne la sociologie. Il a part ailleurs parfaitement prédit l'importance qu'on pris l'informatique, la chirurgie esthétique et l'omniprésence de l'information, alors que tout cela était beaucoup moins développé qu'aujourd'hui. Pour conclure je peux comprendre à la fois ceux qui affirmeront que c'est une œuvre de génie et ceux qui diront au contraire que c'est un bouquin assez chiant, car malgré tout la lecture est par moments longuette. Pour cette raison, je ne pense pas m'attaquer tout de suite au tome 2.

Note : 3/5

samedi 2 juin 2012

Par-delà le mur du sommeil - H.P. Lovecraft


Impossible d'aborder la littérature fantastique ou d'horreur, sans tomber à un moment ou un autre sur une référence à l'univers évocateur de Lovecraft. A force d'en entendre parler j'ai décidé de le découvrir, d'autant plus qu'une exposition de ses carnets de notes (sur lesquels il écrivait ses idées de récits), faite aux Utopiales à Nantes il y a quelques années avait piqué ma curiosité. Ayant fait main basse sur ce recueil de nouvelles publié par la collection Présence du futur, à la couverture d'un kitch ahurissant mais au demeurant parfaitement approprié, j'ai pu commencer ma lecture. La première courte nouvelle dont le nom a donné celui du recueil, raconte du point de vue d'un médecin, l'enfermement d'un être arriéré, suite à sa découverte d'un monde spirituel supérieur. Elle mérite d'être mentionnée par le simple fait qu'il s'agit d'un ovni littéraire complètement hallucinatoire, dont la comparaison la plus proche que l'on puisse faire est sans doute un trip sous acide. Après cette entrée en matière assez surprenante, j'avoue avoir été assez déçu et j'ai abandonné un moment le bouquin. En effet si on ne peut pas reprocher à l'auteur le manque d'imagination, le style comme la construction de l'intrigue ont assez vieilli. Ce n'est sans doute pas le plus important dans ce genre de récit, mais la construction des phrases est simpliste. Quand aux histoires, elles reprennent généralement les mêmes schémas, dont la répétition empêche un véritable suspense. Et pourtant, sans doute n'étais-je pas dans le bon état d'esprit, car lorsque je me suis décidé à reprendre cette lecture, j'y ai trouvé beaucoup de plaisir. Le thème général, malgré des variantes dans la forme est toujours le même : la découverte d'une force maléfique et très ancienne par un personnage qui tombe progressivement dans la folie. La narration est parfois faite à la première personne, dont certains passages par le truchement d'un journal, mais le plus souvent c'est du point de vue d'un personnage extérieur et sain d'esprit (ami, médecin...), que l'on apprend le déroulement des événements pour les rendre plus crédibles. C'est notamment le cas de "L'affaire Charles Dexter Ward", court roman qui clôture le recueil et dont la structure complexe en fait une vraie réussite. Au fur et à mesure, il y de moins en moins de place pour le doute chez le lecteur, quant à l'existence d'un monde surnaturel et maléfique, invisible mais parallèle à celui que nous connaissons (contrairement à Maupassant par exemple, chez qui l'ambiguïté perdure jusqu'au bout). C'est l'accumulation de détails et d'indices dans ce sens qui contribue le plus efficacement à créer cet univers angoissant et insaisissable qui est devenu la marque de fabrique de l'auteur. Au final si l'écriture de Lovecraft souffre d'un certain nombre de défauts, il n'est pas non plus étonnant qu'il ait eu autant d'impact sur la littérature fantastique. Encore aujourd'hui, son œuvre continue d'influencer la création : les auteurs du MMORPG The Secret World, actuellement en développement, ne cachent pas s'inspirer grandement du maître.

Note : 3/5

jeudi 5 avril 2012

Les voies d'Anubis - Tim Powers


Encore une histoire de voyage dans le temps ! Et même mieux, encore un des romans précurseurs du steampunk, pour continuer le parallèle avec Le seigneur des airs de Moorcock. Enfin pour le coup il s'agit carrément d'une des pierres fondatrices du mouvement, récompensée par trois prix littéraires de science-fiction. L'histoire est celle de Brendan Doyle, un spécialiste de la poésie anglaise du XIXème siècle, qui se retrouve en 1810 pour assister à une conférence de Coleridge ! Évidemment rien ne se passe comme prévu et au lieu de retourner chez lui, il se retrouve pourchassé dans le Londres de l'époque par un magicien égyptien, un clown sur échasses, une bande de bohémiens (comme dans le Dracula de Bram Stoker) et la moitié des mendiants de la ville (sortis tout droit de Dickens). Notre ami parviendra-t-il à s'en sortir ? L'auteur arrive à maintenir le suspense jusqu'au bout grâce à de nombreux rebondissements qui jouent habilement avec les possibilités offertes par la magie et les voyages dans le temps. Et le rythme est soutenu malgré l'épaisseur du bouquin. Impossible de s'ennuyer ! A peine ai-je remarqué une incohérence sans grande conséquence : un personnage sait quelque chose alors qu'il a quitté une salle trop tôt pour l'apprendre. Le joueur de de jeu de rôle que je suis l'a noté, mais je gage très peu de lecteurs s'en sont aperçus. Par ailleurs il n'est pas étonnant que ce genre d'univers ait connu autant de succès par la suite. La description du Londres du XIXème siècle, inspiré par la littérature fantastique (ou non) de l'époque est un des grands plaisir de cette lecture.

Note : 4/5

vendredi 24 février 2012

Le seigneur des airs - Michael Moorcock


J'avais raté ma rencontre avec Moorcock lors de mes deux premières lectures de ses ouvrages. Ni Elric des dragons, ni le médiocre Le joyau noir, respectivement premiers tomes des cycles de fantasy d'Elric et d'Hawkmoon, ne m'avaient totalement convaincu. Restait pourtant une certaine curiosité vis-à-vis d'un auteur dont j'avais apprécié la puissance d'évocation d'un de ses univers, à travers plusieurs parties du jeu de rôle Stormbringer. Aussi, lorsque je suis tombé sur un de ses bouquins en vente pour le prix de moins d'un demi-café... Bah ! Ça valait la peine au moins d'essayer le premier chapitre... Et là bonne surprise. Bon, rien qui justifie les éloges dithyrambiques ou les qualifications de "génie" que j'ai parfois eu l'occasion de lire... mais quand même un gentil petit roman d'aventure rondement mené et qui ne manque pas d'imagination. Qu'on soit clair : la collection Galaxies/bis ne semble pas avoir d'autre ambition que d'éditer du bon récit de science-fiction pour divertir. C'était déjà le cas d’À perte de temps de John Brunner et Le seigneur des airs de Moorcock remplit cette fonction comme un gant. Il s'agit d'ailleurs encore une fois d'un voyage dans le temps : un homme de 1902 se retrouve par hasard propulsé en 1973. Oui, mais pas le même 1973 que celui que nous connaissons, puisque la vapeur a remplacé le moteur à essence et que les grands empires européens existent encore... Nous avons affaire à une uchronie : la description d'un univers où l'histoire aurait pris à un moment donné un chemin différent des événements qui se sont véritablement déroulés. Plus précisément d'un univers steampunk, où le héros venu du tout début du 20ème siècle va s'adapter en travaillant dans des dirigeables, devenus premier moyen de transport en l'absence d'avions. L'auteur s'amuse à nous faire rencontrer des personnages historiques qui auraient connus une trajectoire différente : un militaire nommé Michael Jagger prête son journal au narrateur, puis un certain Ulianov (d'après le vrai nom de Lénine) radote sur son passé révolutionnaire... Plus que cela, des réflexions sur la liberté des peuples (toujours sous influences occidentales dans ce monde), sont distillées au fur et à mesure du récit. Au final un lecture plaisante et néanmoins un livre un peu plus solide que les deux précédents que j'ai eu l'occasion de découvrir de cet écrivain. La couverture et un peu de recherche m'indiquent que c'est là le premier tome d'une trilogie, mais qui se suffit à lui-même et je pense qu'à l'origine Moorcock n'avait pas prévu de l'inclure forcément dans une suite.

Note : 3/5

jeudi 15 décembre 2011

Session de rattrapage : A Song of Ice and Fire



Je n'ai pas posté d'article depuis six mois, mais je n'ai pas cessé de lire pour autant. Et j'ai notamment avancé dans la lecture de l’œuvre de George R. R. Martin, dont j'ai A Clash of Kings et A Storm of Swords courant septembre. Je suis actuellement plongé dans A Feast for Crows, entamé après une pause qui m'a permis de lire des ouvrages plus « scolaires » – mais pas inintéressants pour autant – auxquels je vais d'ailleurs consacrer quelques articles.

Autant faire un article qui aborde les tomes deux, trois et quatre de la saga. C'est finalement une seule grande épopée que dévoile l'auteur, même si les livres offrent chacun une réelle unité, autour du titre et des personnages suivis.

L'évolution de la saga peut se résumer ainsi : toujours plus loin, toujours plus grand. Une myriade de nouveaux personnages, de nouveaux lieux ; de nouvelles cultures, de nouveaux cultes, de nouvelles manières de penser. Et toujours le même enthousiasme à lire. Il grandit même à mesure que se complexifie le « game of thrones ». Le tome trois m'a particulièrement impressionné. Certains mystères restés en suspens depuis les premiers chapitres du premier tome sont dévoilés, et l'auteur se fait toujours un art de brutaliser le romanesque pompier de la fantasy traditionnelle, en prenant des contre-pieds adroits. Je suis contraint de rester dans le vague pour ne rien spoiler, comme on dit. Mais soyez-en convaincu : c'est grand, c'est fort, c'est puissant. Winter is coming, comme la dit la devise des Stark. Et plus que jamais.

Des personnages rangés trop vite dans la catégorie des « méchants » nous deviennent fort sympathique dès qu'on voit l'histoire de leur point de vue. Et cela conforte l'idée : Martin a l'ambition d'un grand conteur et embrasse toute la complexité de l'homme.


On en attend d'autant plus la série de HBO au tournant. J'ai appris avec plaisir que les saisons trois et quatre seraient consacrées au tome trois, ce qui devrait permettre de n'éliminer que peu de choses de la matière originale.

samedi 26 novembre 2011

Tous les pièges de la Terre - Clifford D. Simak


Cette nouvelle incursion dans les mondes de l'Imaginaire me donne l'occasion de parler de Clifford D. Simak, mon écrivain préféré de science fiction (avec Ray Bradbury, de manière beaucoup moins originale). Il s'agit de l'un des auteurs majeurs de "l'âge d'or de la science-fiction", qui a vu fleurir dans les années 30 au Etats-Unis de nombreux magazine de popularisation de ce genre. Ceux-ci ont permis la naissance d'une nouvelle génération d'écrivains, parmi lesquels Isaac Asimov est l'exemple plus célèbre et sans doute le plus proche de Simak par le style et les idées. Ce dernier n'est cependant pas seulement un auteur de sa période. En effet il arrive à mêler de manière parfaitement naturelle, des thèmes propres à la science-fiction à la mentalité campagnarde de son Wisconsin natal. C'est probablement ce qui explique le choix de la couverture du numéro 22 de Bifrost qui lui est consacré, où un robot est confortablement installé dans un fauteuil avec des pantoufles. Ses sujets de prédilection sont presque toujours les mêmes : les robots, les extra-terrestre, les voyages dans le temps et l'espace, les capacités psychiques... Le héros "simakien" est généralement un individu tolérant, à travers lequel transparait l'humanisme de l'auteur. Ses livres les plus connus sont "Demain les chiens" et "Au carrefour des étoiles", véritables chefs-d’œuvre auxquels ont pourrait encore rajouter "Dans le torrent des siècles". Mon coup de cœur personnel fut il y a des années "La réserve des lutins", l'une des rares incursions de l'auteur dans la fantasy, où l'on voit notamment le fantôme (amnésique) de Shakespear taper la discute au café du coin (j'ai oublié l'essentiel de l'histoire mais en garde un très bon souvenir). Pas grand chose de plus à dire sur "Tous les pièges de la terre", si ce n'est qu'il s'agit d'un recueil de nouvelles qui ne dépare pas du reste de la production du maître. Cela se lit facilement et avec plaisir, mais ne restera pas dans les annales de la littérature, où même d'un auteur aussi prolifique.

Note : 3/5

vendredi 11 novembre 2011

La Compagnie noire - Glen Cook


J'étais curieux de découvrir ce cycle dont on dit énormément de bien sur les sites consacrés à la littérature fantastique (notamment ArcaneSFantasy) et dans les milieux consacrés. La visite des Halles de Lille, très bel endroit où dénicher des livres d'occasion, m'a permis de satisfaire ma curiosité. Autant le dire dès le début, par rapport à l'attente qu'il avait suscité, ce livre m'a un peu déçu. On m'avait décrit les périples d'une compagnie de mercenaires sans foi ni loi, dont la narration devait dépoussiérer les codes de la fantasy, trop souvent encombrée de stéréotypes (à ce sujet lire l'hilarante chronique sur le blog de Boulet). Force m'est d'avouer que sur ce point, on ne m'avait point menti. Nous avons donc bien à faire avec de la Dark Fantasy (genre que je voulais essayer), où la frontière entre le bien et le mal n'est jamais claire. Par exemple, les membres de la Compagnie noire sont de vulgaires soudards, prêts à tuer, voler et piller, pourvu que cela soit dans leur propre intérêt ou que leur commanditaire le leur demande. Mais en même temps, on ne peut que s'attacher à ces hommes qui suivent leur propre code de l'honneur et forment une famille. C'est l'esprit de caserne. D'un autre coté je vois bien ce qui a plu aux lecteurs de Fantasy : il s'agit d'un récit presque uniquement factuel, dont la "morale" et les préoccupations sont prédestinées à un public masculin. En effet l'absence de considérations psychologiques où poétiques créent une certaine sécheresse, qui correspond d'ailleurs tout à fait à la vision que peut avoir un mercenaire de la guerre. Ici, pour une fois, pas de longues descriptions de paysages bucoliques, mais une succession de batailles et d'évènements, qui ne parviennent cependant pas à donner l'avantage à l'un ou l'autre camps. Les lecteurs, comme le narrateur, n'ont d'ailleurs qu'une connaissance partielle de la situation, ce qui donne parfois l'impression d'une sorte de confusion. Ces choix, comme on le voit, sont tout à fait justifiés, mais créent également un effet de répétition. C'est pourquoi malgré la fluidité du style et l'envie de continuer, j'ai fait une pause d'un mois dans ma lecture à cause d'une certaine lassitude. Quoiqu'il en soit, "La Compagnie noire" est un bon livre, qui mérite d'être découvert, même si je ne pense pas continuer ma lecture avec les tomes suivants.

Note : 3/5

mercredi 9 novembre 2011

Terry Pratchett - Mortimer


Extrait :
- J'OFFRAIS A VOTRE FILS UNE SITUATION, dit la Mort. J’ESPÈRE QUE VOUS N'Y VOYEZ AUCUNE OBJECTION ?
- C'est quoi votre métier, déjà ? demanda Lezek qui s'adressait à un squelette en robe noire sans manifester le moindre semblant de surprise.
- J'INTRODUIS LES ÂMES DANS L'AUTRE MONDE, dit la Mort.
- Ah, fit Lezek, bien sur, excusez-moi, j'aurais dû deviner d'après votre costume. Un travail indispensable, très régulier. Vous exercez depuis longtemps ?
- DEPUIS UN CERTAIN TEMPS, OUI, dit la Mort.
- Bien. Bien. J'avais jamais vraiment pensé à ce métier-là pour mon fils, vous savez, mais c'est un bon travail, très sur. C'est quoi votre nom ?
- LA MORT.
- Papa... s'empressa le garçon.
- J'crois pas connaitre cette maison-là, dit Lezek. Où vous avez pignon, exactement ?
- DES PROFONDEURS INSONDABLES DE LA MER JUSQU'A DES ALTITUDES OU MÊME L'AIGLE NE SE RISQUE PAS, dit la Mort.
- C'est pas mal, approuva Lezek. Eh ben, je...
- Papa », fit le jeune garçon en lui tirant sur le manteau.

Le Disque-Monde est un monde plat, reposant sur le dos de quatre éléphants, eux-même juchés sur la carapace de la gigantesque tortue A'Tuin qui parcourt l'univers. Configuration absurde et improbable, il est vrai, "mais les magiciens, eux, ont calculé que les chances uniques sur un million se réalisent neuf fois sur dix".
Pour ceux qui n'auraient pas la chance de le connaitre, Terry Pratchett est un humoriste britannique, qui s'amuse à parodier différents genres littéraires et en particulier l'heroic-fantasy, avec beaucoup de réussite. Dans "Les Annales du Disques-Monde" il dresse le portrait d'un univers médiéval-fantastique complètement loufoque, sorte d'antithèse de celui de Tolkien. En outre, si les habitués de la fantasy seront les seuls à percevoir certaines références, il n'est pas du tout nécessaire d'être fan de ce genre de littérature pour apprécier ce cycle, pourvu que l'on possède un peu de cette magie communément appelée "humour".
Pour ce quatrième épisode nous abandonnons les aventure de l'incompétent mais néanmoins sympathique magicien Rincevent, afin de nous consacrez au jeune Mortimer, qui se retrouve embauché comme apprenti chez la Mort. Ce dernier (oui, la Mort a beau être une personnification anthropomorphique, il est masculin), semble traverser une période creuse et en profite alors pour s'offrir des vacances... ce qui donne lieu à des situations assez cocasses. Avec "Mortimer" c'est un Terry Pratchett en très grande forme que l'on retrouve et qui va vous faire... mourir de rire.

Note : 4/5

jeudi 27 octobre 2011

Lavondyss 1 : l'antique parage interdit - Robert Holdstock


Accaparé par ma nouvelle vie bruxelloise (d'une capitale européenne, l'autre), je ne trouve plus vraiment le temps - non de lire, mais d'écrire... et de rêver avant d'écrire. Car ici c'est bien de ça qu'il s'agit. Holdstock nous avait abandonné avec La forêt des mythimages à la lisière du fantastique et de la fantasy. Dans cette suite, qui n'en est pas une (je m'explique), c'est vers la première qu'il revient. C'est autour cette fois, de la jeune Tallis Keaton que l'histoire se concentre. Cette adolescente, demi-sœur d'un des personnages du tome précédent, vit à la frontière de la forêt de Rhyope et développe elle aussi des visions. Mais dans son cas, l'expérience va plus loin. Inspirée par de mystérieuses créatures porteuses de masques, elle s'initie peu à peu à une forme de magie millénaire, qu'elle ne comprend pas totalement, faite de rites et de poupées vaudou. L'auteur s'est clairement inspiré du chamanisme et peut être d'autres formes de croyances, pour développer une réflexion complexe sur la religion et la création artistique, où les mots ont une importance cruciale. Si le lecteur avait été perturbé au premier tome, il sera cette fois complètement déboussolé, tant Holdstock s'amuse à ne pas respecter les procédés classiques de la narration. Bien que le récit soit chronologique, bien que l'on s'attache à un personnage en particulier et bien qu'il y ait une cohérence interne dans le déroulement des événements, on en vient parfois à se demander si l'essentiel de ce qui est écrit ne se trouve pas "en dehors" de l'histoire. En d'autres termes s'il s'agit bien d'un roman. Et pourtant, les passages où la protagoniste retourne au village, ancrent ses visions dans la réalité... et constitue peut être encore à brouiller les cartes. Globalement plus confus, ardu et moins abouti que La forêt des mythimages, cette première partie (dans l'édition française) de Lavondyss, mérite tout de même cet effort supplémentaire.

Note : 4/5

vendredi 19 août 2011

Le trône de fer - George R. R. Martin


Je comprends maintenant pourquoi David a lié dans son excellente critique, le bouquin et la série télévisuelle produite par HBO. Tout d'abord cette dernière est de très bonne qualité et c'est par ce biais que j'ai découvert l'univers de Martin. Ensuite, elle fait plus que s'inspirer du livre, reprenant souvent mot pour mot les répliques des personnages. A tel point que celui qui a déjà vu la série, ne sera pratiquement jamais surpris par le livre, si ce n'est qu'il permet de creuser un peu plus certains personnages. Il est vrai que l'auteur a une expérience de scénariste et cela ce sent. Bien qu'il ait déclaré vouloir s'affranchir des contraintes qu'on lui imposait lorsqu'il faisait ce métier (diversité des lieux, des personnages...), la solidité de l'intrigue et l'enchainement des évènements conviennent à merveille à une adaptation, à condition d'avoir de l'ambition et de faire les choses en grand. Même le point de vue focalisé sur un personnage différent à chaque chapitre, me parait correspondre à ce qui se fait dans les séries aujourd'hui, où le téléspectateur a loisir de s'enticher de l'un ou de l'autre selon son caractère. La complexité de l'univers et le nombre des personnages, qui lui sont (parait-il ?) souvent reprochés ne m'ont pas du tout gênés. Au contraire, mis au service de l'histoire, ils lui donnent de la crédibilité. Il faut dire que pour avoir dévoré le Seigneur des Anneaux à dix ans et avoir eu longtemps le Silmarillion comme livre de chevet, je ne suis peut être pas la personne la plus dérangée par cet aspect... Un autre point commun avec le grand maître Tolkien, et qui est lié avec le précédent, est l'usage parcimonieux de la magie. On a beau avoir un monde fantastique, il n'y a pas un magicien à chaque coin de rue qui lance des boules de feu. Le registre est beaucoup plus proche de celui du "merveilleux", c'est à dire du fantastique qui fait partie de l'ordre des choses. Au Moyen-Âge une licorne n'est pas considérée comme un animal magique, juste une espèce extrêmement rare aux propriétés... merveilleuses (tout comme le loup-garou dans le Trône de fer). D'ailleurs le récit prend part à un moment où nombre de ces choses hors du commun ont disparu depuis belle lurette et vont peu à peu refaire surface, pour le plus grand malheur des personnages. Je ne vais pas proposer de résumé, comme l'a déjà très bien fait mon co-rédacteur (moribond depuis quelques temps), mais je vous invite chaudement à vous embarquer avec George R. R. Martin dans cette aventure. Cependant couvrez-vous. L'hiver vient.

Note : 4/5

samedi 11 juin 2011

A Game of Thrones, Book one of A Song of Ice and Fire, George R. R. Martin



Connue en français sous le nom de Trône de fer, la série de George R. R. Martin a rassemblé de nombreux lecteurs depuis la parution du premier tome en 1996. Cette œuvre culte a donné lieu à de nombreux avatars : jeux de plateau, jeux de cartes, jeux de rôle, et plus récemment, série télévisée (et bientôt, jeux vidéos). C'est par ce biais que je me suis mis à lire George R. R. Martin. La série, produite par HBO, m'a attiré dès que j'en ai entendu parler. Déjà, parce que c'est une série d'HBO (The Sopranos, The Wire, Six Feet Under, les mini-séries Band of Brothers et The Pacific, plus récemment Boardwalk Empire...bref, les meilleures séries sont chez eux !) ensuite, parce que j'aime la fantasy, et que Sean Bean dans un casting de fantasy, c'est alléchant. J'ai été conquis dès le premier épisode, j'ai acheté le bouquin au troisième épisode et maintenant je l'ai fini avant même la fin de la série.

Un petit mot du projet : A Song of Ice and Fire, les ambitions épiques sont présentes dès ce titre alléchant. Et cette grande fresque médiévale-fantastique a tout d'une grande épopée. Un royaume de type féodal, partagé en sept royaumes, momentanément unis sous un seul roi, Robert Baratheon, mais plus pour longtemps ; le « game of thrones » est sur le point de commencer, et entre intrigues politiques et grandes batailles, le Royaume va être déchiré par le fer et noyé dans le sang. Ajoutez à cela des saisons particulières : l'été peut durer plusieurs années, l'hiver plusieurs décennies, avec des durées variables (on ne sait jamais combien de temps une saison peut durer). Et bien sûr, puisque le roman s'ouvre sur un moment de crise, un été de près de dix ans est sur le point de s'achever, pour laisser place à un terrible hiver. Et en hiver, il ne fait pas seulement froid : au Nord du Mur – construit huit mille ans auparavant pour protéger le royaume des « Sauvages » qui vivent au-delà, et d'un certain nombre de créatures plus ou moins fantastiques – lesdites créatures ont tendance à se manifester. Le fantastique, rejeté en-dehors du royaume des hommes, le menace. C'est ce qui fait le charme de la fantasy à la sauce Martin (prononcez à l'anglaise pour éviter d'évoquer une cuisine française de bas-étage) : un univers très féodal, fort semblable à l'Europe médiévale, avec un fantastique diffus, concentré dans les histoires pour enfants, les légendes de l'ancien temps. Il y avait des dragons, mais ils ont disparu, n'en restent que les crânes géants dans une des salles souterraines du château royal ; on parle de « white walkers », sorte de légende urbaine pour effrayer les enfants, et que l'on retrouve dans les injures « the Others take you ». Pourtant, sur le Mur, on va commencer à y croire, à ces légendes...

La narration fonctionne très bien, dans l'alternance des points de vue. Chaque chapitre porte un nom de personnage (principalement ceux de la famille Stark, seigneurs du Nord et « héros » du roman) ce qui permet d'offrir différents éclairages sur les situations et de suivre des évènements qui se déroulent à des endroits très différents : on suit par exemple la princesse en exil Daenerys, très en marge de l'histoire principale des Sept Royaumes qu'elle n'a jamais vue – mais verra peut-être. On suit le jeune Jon Snow, un bâtard de la famille Stark, qui s'engage auprès des gardes du Mur, la « Night Watch » (engagement à vie, sur serment) ce qui permet d'évoquer directement la menace du Nord et de l'hiver approchant. On suit plusieurs autres membres de la famille Stark : Eddard, le chef de famille, Catelyn, sa femme, leur fils Bran, leurs filles Sansa et Arya. Mais on suit aussi Tyrion, un nain (non au sens de la race fantastique, mais bien au sens où on l'entend couramment : un homme qui a eu la malchance de naitre petit) membre de la famille ennemie des Stark, les Lannister. Au bout du compte, même si on se prend à chérir les Stark, procédés narratifs obligent, difficile de distinguer bons et méchants comme trop souvent dans ce genre littéraire. Chez Martin, la politique est plutôt comme chez Machiavel, des choix sont faits, certains respectent une morale, un honneur, d'autres moins. En cela, c'est bien un livre intelligent, qui explore la complexité du monde et de l'homme.

D'autre part, la multiplicité des points de vue, les différents lieux où se déroule l'action, permettent de rencontrer les personnages secondaires sous divers angles, et de retrouver des membres de ces grandes familles féodales un peu partout. Je ne peux que saluer l'incroyable travail accompli sur cet aspect féodal : les grandes familles, leurs féaux, toutes les familles nobles ayant leur propre héraldique. On s'y perd presque, avec tous les mariages, les alliances, etc. C'est d'ailleurs le reproche que font certains à l'œuvre de Martin : il voit trop grand, trop large, trop complexe, on finit par perdre un peu le fil d'un action qui ne se déroule pas assez vite. Vous l'aurez compris, je ne suis pas de ces détracteurs, mais bien un grand admirateur de cet ouvrage qui accumule les qualités littéraires et les canons de la Fantasy traditionnelle, sans jamais tomber dans les clichés simplistes. Je n'avais pas vibré comme cela depuis longtemps à la lecture d'une histoire.

Un petit mot, enfin, de cette adaptation en série : c'est à voir, pour les lecteurs de Martin comme pour ceux qui veulent juste se faire plaisir avec de la bonne Fantasy au cinéma ; car c'est bien du cinéma. Loin de l'échec navrant de l'adaptation de L'épée de vérité il y a peu, HBO frappe fort et juste. Mention spéciale à Peter Dinklage, qui incarne Tyrion Lannister, ou encore à Aidan Gillen, le Tommy Carcetti de The Wire, qui ici aussi fait de la politique, donnant ses traits au personnage de " Littlefinger " ; mais tous les acteurs sont bons, et le résultat fonctionne. On déplore même assez peu d'écarts par rapport au récit original. Bref, je suis conquis.

jeudi 19 mai 2011

Now Wait for Last Year

Je fais mine, avec ce titre, de commenter un autre ouvrage ; mais non, c'est bien le même. J'ai lu les aventures d'Éric Sweetscent juste avant notre ami Bob, et prend finalement le temps d'écrire un petit billet, non pas tant pour faire concurrence que pour offrir des mots complémentaires des siens. J'aimerais dire un autre point de vue, mais en réalité il est sensiblement le même : j'ai moi aussi bien apprécié ce délire temporel.

J'avais besoin de lire un roman pour m'amuser, retrouver cette littérature de SF trop longtemps négligée. Alors je l'ai avalé en deux jours, j'ai à peine mâché, j'ai englouti tout cela. Et l'effet n'était que plus fort, j'ai vraiment eu la sensation de déraper. Je lisais notamment le livre dans le train, et croyez-moi, au bout de deux heures de Dick dans un train, on ne sait plus trop où on est. Man, you're so messing with my head. C'était presque comme prendre du JJ-180, mais l'effet était plus léger, plus flou. J'étais juste perdu. C'était à la limite du désagréable, mais j'ai somme toute vraiment apprécié l'expérience.

Ce romancier est fou, je le savais, j'en suis persuadé maintenant. Son roman donne l'impression de partir dans tous les sens, et en même temps reste très cohérent (qualité essentielle en science-fiction s'il en est) et retombe finalement sur ses pieds. La relation du personnage principal à sa femme est un nœud essentiel de l'intrigue, moteur de l'activité même du docteur (la raison de son engagement auprès de Molinari, le dictateur ; la cause de son expérience du JJ-180, etc). C'est l'occasion d'oublier les délires temporels pour s'adonner à un peu de psycho-sociologie autour de ce couple auto-destructeur.

Un peu comme Will Smith qui est ravi de mettre des Converses au début de I-Robot – film adapté d'un roman d'Isaac Asimov, dont il faudra d'ailleurs parler un jour – il y a dans En attendant l'année dernière une fascination pour les époques passées – dont notre présent – celui de l'auteur veux-je dire – fait partie. C'est un thème récurrent en SF. Ici, cette nostalgie s'exprime par la reconstitution minutieuse du Washington des années 30 commandée son patron Virgil Ackerman – précisons pour l'anecdote qu'il est PDG des Fourrures et Teintures de Tijuana, entreprise dont le nom ne laisse pas soupçonner la puissance pourtant bien réelle. Wash-35, comme on l'appelle, est installée sur la Lune, et la Kathy Sweetscent, la femme de notre héros, est d'ailleurs celle qui s'occupe de trouver et d'acheter des objets d'époque pour leur patron.

En somme, ce roman de Philip K. Dick se lit presque d'une traite. Bien complexe sans dépasser son lecteur – enfin, cela doit dépendre du lecteur – c'est assurément un roman de SF à recommander, même s'il n'est pas révolutionnaire.

mercredi 11 mai 2011

En attendant l'année dernière - Philip K. Dick


Philip K. Dick est un écrivain majeur de la science-fiction américaine... et par conséquent relativement méconnu du "grand public". Pour s'en convaincre il suffit de regarder le nombre de scénarios de films inspirés d'un de ses bouquins : Blade-Runner, Total Recall, Minority Report... Au delà de ça, son univers noir et la puissance de sa réflexion ont profondément influencé la science-fiction. On est dickien ou on ne l'est pas.
Pour l'histoire, Eric Sweetscent, chirurgien spécialiste de la "grefforg", se retrouve  détaché au service de Gino Molinari, secrétaire des Nations Unies. Ce  dernier, bien que génie politique, a entrainé la Terre dans une guerre galactique au coté du mauvais allié. Pour ne rien arranger, il semble avoir développé toutes les pathologies mortelles existantes... et par miracle s'en être toujours sorti. Et ce n'est pas le seul souci d'Eric, englué dans une relation auto-destructrice avec sa femme. C'est à ce moment là qu'il découvre l'existence du JJ-180, une drogue qui permet de voyager dans le temps.
"En attendant l'année dernière" est un livre que j'ai lu pour la première fois il y a peut-être une dizaine d'années, mais je remercie David de m'avoir donné l'occasion de le redécouvrir. Cela tombe bien, les voyages temporels sont l'un des thèmes principaux de l'histoire. Comme d'habitude l'auteur, un peu a la manière de Dali, s'est nourri de ses propres angoisses pour écrire ce roman. Presque tout les personnages sont atteints de maladies mentales que lui-même possédait : paranoïa, hypocondrie, tendances auto-destructrices etc. La drogue est un autre thème important, avec le JJ-180. Enfin le voyage dans le temps permet à l'écrivain de perdre le lecteur. Pour résumer ce roman est un bon "K. Dick", avec tout les éléments récurrents de cet auteur agencés dans une aventure très bien menée.

Extrait :
Gino Molinari, chef suprême de la Terre en guerre contre les reegs, portait comme à l'accoutumée un uniforme kaki orné d'une seule décoration, la Croix d'or de Première Classe que lui avait décernée l'Assemblée  Général des Nations Unies quinze ans auparavant. Il avait besoin  d'un sérieux coup de rasoir : son menton était recouvert d'une pilosité noire et drue, envahissante. Ses lacets, comme sa braguette, étaient défaits.
Note : 4/5

samedi 5 février 2011

Le coffre d'Avlen - L. Sprague De Camp


De L. Sprague De Camp je ne connaissais que l'excellent "De peur que les ténèbres", l'histoire d'un américain de séjour à Rome projeté à l'époque de l'empire romain. Cette fois ci je le redécouvre par hasard dans la collection "Présence du futur" (eh oui, encore...) affublée pour cette réédition du sous-titre "Fantasy". Et en effet c'est bien de pure fantasy qu'il s'agit ici, sans prétention mais bien écrite, avec des filles à poil et de la magie ("trop cooool !" diront ceux qui ont à peine trois poils au menton), mais pas seulement. Au début de l'histoire Jorian est sur le point de se faire couper la tête, comme c'est la tradition pour les rois de Xylar après cinq ans au pouvoir. Autant dire dans une sale situation. Et ce ne sera pas la dernière. Enchainé par un sort qui l'oblige à se mettre à la recherche du coffre d'Avlen, un artefact très puissant, il parcourt de nombreux pays en compagnie du magicien Karadur dont les enchantement ont des effets pour le moins... imprévisibles ! Avec "Le coffre d'Avlen" (dont wikipedia m'informe qu'il fait partie du "cycle Novarian") l'auteur ne cherche clairement pas à réinventer l'eau chaude puisqu'il s'agit d'un récit d'aventure, mais parvient grâce à son inventivité et la fluidité de son style à éviter la faiblesse de (très) nombreux bouquins similaires. Par exemple chaque nation traversée par les personnages a ses propres mœurs, lois, religions et particularismes. Ce n'est pas creusé très profondément (rien à voir avec Tolkien) mais les quelques traits dressés suffisent à faire voyager le lecteur. De même si notre héros n'hésite pas à utiliser la force pour se sortir des nombreuses situations épineuses, il compte surtout sur sa ruse (tel Cugel l'Astucieux...) et sa formidable capacité à raconter des histoires. Celles-ci font d'ailleurs partie intégralement du récit et constituent d'agréables récréations. Enfin l'humour bien maitrisé et omniprésent fait de ce livre un agréable moment de lecture.


Extrait :
Un conseiller du roi explique à Joran les règles de politesse invraisemblables qui régissent la cour de Mulvan.

Bon, passons à la grammaire. En vous adressant à Sa Majesté, vous vous servirez naturellement des formes les plus polies. Les phrases dont Sa Majesté est le sujet ou l'objet se mettent au subjonctif, à la troisième personne du singulier.
Pour approcher un membre de la famille royale, ou un membre du clergé dans l'exercice de ses fonctions, vous devez vous arrêter à six pas de sa personne, et toucher le sol du front une fois. En vous adressant à de telles personnes, vous devez utiliser le mode indicatif, à la troisième personne du singulier, avec adjonction du suffixe -ye.
Pour approcher un membre de la noblesse mulvanienne, vous devez vous arrêter à trois pas de la personne, et vous incliner jusqu'à ce que votre corps soit parallèle au sol. En vous adressant à de telles personnes, vous parlez à l'indicatif, troisième personne du singulier, sans adjonction du suffixe honorifique. Le noble doit vous rendre votre salut, mais seulement en inclinant le corps suivant un angle de quarante-cinq degrés...

Note : 3/5

mercredi 19 janvier 2011

Imaginaires

Comment oublier ses premiers amours ? Cela semble impossible et c'est pour cette raison que j'ai décidé de créer une nouvelle catégories intitulée "Imaginaires", regroupant plusieurs genres littéraires souvent injustement méprisés, mais que les amateurs aiment regrouper dans une bibliothèque à part : la science-fiction, le fantastique et la fantasy. Ces trois nominations ne révèlent d'ailleurs pas les infinies possibilités que contiennent l'heroic fantasy, la low fantasy la world fantasy, l'urban faërie, la space fantasy, la science-fantasy, l'uchronie, la hard science-fiction, le steampunk, le cyberpunk, sans oublier l'âge d'or de la science-fiction, la mythologie, la légende, le "merveilleux" médiéval et les milliers d'auteurs particuliers que l'on peut rattacher à ces courants pour le moins hétéroclites. Cette liste non exhaustive de subdivisions arbitraires, aussi nombreuses que peut en connaitre le heavy métal (symphonique, black, white...) n'a pas pour vocation de faire peur mais de montrer toutes les différences qu'il peut y avoir entre Homère et Robin Hobb, d'Isaac Asimov à Harry Potter en passant par l'incontournable J.R.R Tolkien. Alors pourquoi cette littérature garde-t-elle encore (en France en particulier) cette images de lectures pour adolescents attardés ? Pourquoi pour l’Éducation Nationale (par ailleurs relativement aveugle à tout ce qui n'est pas mort et Français, oui monsieur !), en dehors du Horla de Maupassant point de salut ? Le sujet a déjà été maintes fois traité en profondeur, aussi me contenterais-je de répondre que pour certaines personnes, l'élévation d'une culture officielle rassure ("Je ne suis pas inculte, j'ai lu une fois Bel-Ami dans ma vie"). Cela dit il est évident que les mentalités sont en train d'évoluer. Pour preuve Goscinny rappelait que lorsqu'il a commencé Astérix, on accusait la bande-dessinée de favoriser la délinquance.