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lundi 26 mars 2012

Gens de Dublin - James Joyce


Encore une fois c'est David qui m'a donné envie de lire ce livre. Tout d'abord, par un pastiche de l'auteur dont il a bien voulu nous faire l'honneur, dans un concours de nouvelles sur un forum où il sévissait alors. Ensuite, pour avoir emporté un exemplaire de Dubliners lors de notre voyage en Irlande il y a quelques année de cela. Aussi, lorsque j'ai cherché un nouvel objet sur lequel jeter mon dévolu, mon attention s'est portée vers la lettre J des rayons de la bouquinerie. C'était une bonne idée que de retourner pour une fois vers le champs de la littérature classique, que j'avoue avoir un peu délaissé ces derniers temps... Lorsque l'on n'est plus poussé par les études, il est tentant de choisir la facilité.
Gens de Dublin n'est pourtant pas un livre difficile, mais les considérations abordées y sont complètement opposées à celles du roman d'aventure. Il s'agit en effet d'un recueil de courtes nouvelles, dont chacune est un portrait d'un des habitants de la ville. Bien que la narration soit le plus souvent extérieure, l'auteur nous fait partager le point de vue d'un personnage et sa vision du monde qui l'entoure. L'un et l'autre sont d'ailleurs décrits avec finesse, que ce soit au niveau de la psychologie des individus ou de la société. Le récit s'attache à des détails, qui seraient anecdotiques si leur médiocrité même n'était pas révélatrice de celle de l'existence des personnages. Beaucoup de ces textes ont une fin douce-amère qui tombe merveilleusement à plat et laissent volontairement le lecteur dans un état d'insatisfaction. Cette distance désabusée, le sujet et le format, rappellent les nouvelles de Tchekhov ainsi que celles de Maupassant. A cela on pourrait ajouter la très grande qualité d'écriture, qui unit, dans mon esprit au moins, ces trois grands écrivains.

Note : 4/5

lundi 29 novembre 2010

Trois récits, Jean-Luc Lagarce



Trois Récits, Jean-Luc Lagarce, publiés aux éditions Les Solitaires Intempestifs

J'ai acheté ce livre d'occasion, en même temps que celui que j'ai commenté hier. L'ai lu hier soir. Les trois récits en prose de Lagarce, l'Apprentissage, le Bain, et le Voyage à La Haye. Écrits en 93 pour les deux premiers et en 94 pour le dernier. L'Apprentissage est une fiction autobiographique, un récit écrit dans le cadre d'un thème : « Récits de naissance. » Je ne vais pas vous en parler ici, car une bonne part de l'intérêt de la nouvelle réside dans l'ambiguïté autour du narrateur et de la « naissance » dont il est question. Le second récit, c'est l'émouvante confrontation entre le narrateur et G., un amant qu'il revoit et qui est déjà très affaibli par la maladie. Ces corps détruits, destinés à mourir, se rencontrent, se racontent.
Extrait 1, le Bain
« Ce fut difficile, difficile et impressionnant, et encore, aujourd'hui, le souvenir que j'en garde, comme un grand bonheur, un des derniers moments, temps de bonheur, qui m'ait été donné. »
Il y a quelque chose de naturellement dramatique dans la vie de Lagarce : la mort annoncée, qui se rapproche de plus en plus en détruisant toute la beauté du corps, en limitant ses capacités peu à peu, jusqu'à l'état végétatif qui précède une mort inévitable. Que faire du temps qu'il reste ? Comment vivre ? Dans le Voyage à La Haye, Lagarce raconte la vie de la troupe qui tourne, en France, en Europe, les répétitions, les représentations, les rencontres mondaines. La fatigue. Le découragement. Ce « à quoi bon ? » qui hante Louis, le personnage de Juste la fin du monde. « A quoi bon ? » de la condition humaine qui devient le refrain lancinant du mortel qui se meurt. D'où les mots, la parole, dont on ne sait pas trop si elle sert vraiment à quelque chose, mais au bout du compte, c'est tout ce qui reste. Récit ou théâtre, quelle différence ? C'est toujours la parole de Lagarce – il ne cherche pas à s'en cacher –, c'est toujours son urgence, son besoin de dire. Mais dire quoi ? Dire l'amour, la beauté – la vie. Ou plutôt ne pas la dire, essayer, seulement. Dans ces nouvelles, il n'y a pas de personnages, pas de nom qui annonce qui parle. Mais c'est la même écriture, la même parole que dans son théâtre. D'ailleurs, le Bain et l'Apprentissage sont mis en scène régulièrement. Comme je le disais hier pour J'étais dans ma maison... il s'agit d'un poème. Une voix qui prend la scène, l'occupe et l'intensifie ; et cela suffit.